Le 4 avril 2008, une pollution importante touche un petit cours d’eau de 1ère catégorie, du bassin de la Vienne. Cette pollution a blanchi les eaux de cette rivière en aval de C., et a conduit à l’interdiction de la pêche sur environ 10 km, ainsi que dans le plan d’eau voisin . Ce phénomène a fait l’objet d’articles dans la presse. Et l’ampleur des dysfonctionnements a conduit les services de l’Etat à faire procéder à des constats, des prélèvements et des analyses qui ont fait l’objet d’un rapport de la DRIRE (Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement) du Poitou-Charentes.
Quatre associations, organisées en collectif, arrivent, progressivement, à cerner la gravité de la situation environnementale locale grâce à des témoignages de proximité et croisés. Voici les éléments, la plupart antérieurs au 4 avril, recensés à ce jour :
Le 5 octobre 2007 : lors des diagnostics des réseaux de la commune, le SIVEER est intervenu pour aider à nettoyer les canalisations et a découvert des substances huileuses dans la réserve incendie de la commune. Il a débouché le regard du tout-à-l’égout en face de cette réserve et a découvert des substances huileuses dans les canalisations, substances qui ont dû être pompées par ce même service.
Le 15 octobre 2007 : le SIVEER a de nouveau pompé, dans la rivière, les nappes d’huile qui y stagnaient , en surface et dans les roseaux le long du chemin des jardins bas. Logiquement, cette huile pourrait être arrivée par le déversoir communal, en passant par la grosse canalisation du tout-à-l’égout.
Lors de l’enquête d’utilité publique du 7 janvier au 7 février 2008 concernant l’extension de l’huilerie de C., l’exploitant d’un terrain limitrophe a écrit sur le registre d’enquête que le tuyau d’évacuation du lagunage de l’usine avait été branché directement sur son tuyau de drainage, que son gouffre était saturé par les matières grasses et que son drainage ne fonctionnait plus.
Après cette enquête publique, le fossé a été prolongé pour amener les effluents du lagunage dans la cuvette du gouffre.
Le 21 mars 2008 : le SIVEER a prélevé un échantillon d’eau dans la source de G. (au sud du village) ainsi qu’un échantillon du dépôt qui recouvrait des plantes autour de la source pour analyse, suite à la constatation de dépôts graisseux.
Le 4 avril 2008 : l’eau de la rivière est blanchâtre sur plusieurs km. L’article dans la NR du 05.04 précise qu’un barrage de fortune en bottes de paille, a été mis en place sous les arches du pont romain d’A.
Le 5 avril 2008, certains membres du collectif constatent que la lagune a une sortie busée qui débouche directement dans le fossé au nord de l’usine. Un liquide blanchâtre s’échappe du lagunage par cette buse et s’infiltre dans le sol par un trou distant d’environ 10 m de l’entrée du gouffre (lui-même situé à une soixantaine de mètres au nord de la limite de l’usine) et à proximité d’un forage qui n’est pas utilisé et qui n’est pas colmaté semble-t-il dans les formes réglementaires.
Plus récemment, le 13 mai, un pêcheur remarque que depuis la pollution du 4 avril, l’eau de la rivière devient parfois trouble : « C’est quand il pleut : on a une rivière trouble pendant 2 ou 3 jours. C’est nouveau depuis cette année. Les autres années, c’était plutôt marron alors que maintenant c’est blanchâtre… derrière, c’est très difficile de pêcher. »
Tous ces éléments font penser que la pollution du 4 avril n’est pas un accident ponctuel, mais que nous sommes face à une pollution diffuse dont les effets risquent de se poursuivre même après la cessation de la cause.
Plaintes contre X :
Trois associations (ACEVE, Vienne Nature et la Fédération de pêche), le gestionnaire du plan d’eau et la communauté de communes ont porté plainte contre X auprès du Procureur de la République de Poitiers.
Conférence de presse :
Le collectif d’associations (l’ACEVE ; Vienne Nature ; la Fédération Départementale des Associations de pêche et de Protection des Milieux Aquatiques ; l’UFC Que Choisir 86), accompagnés d’habitants de la commune touchée, invitent les journaux locaux à une conférence de presse : les articles sont publiés très rapidement.
Lettre au Préfet :
Une lettre est envoyée au Préfet de la Vienne où sont rappelés tous les éléments cités plus haut. En respect de l’application du droit à l’information reconnu au niveau européen par la convention d’Aarhus et constitutionnellement au niveau français dans la charte de l’environnement 2005, le collectif exprime son souhait de connaître les résultats des analyses confiées à un laboratoire de Poitiers. En outre, il lui est demandé de bien vouloir faire connaître les dispositions et le suivi qui ont été mis en place en conformité avec les prescriptions de son arrêté de mise en demeure du 24 avril .
Réunion d’information : organisée par le collectif en direction des habitants et des élus des communes concernées pour le 9 juin.
Rapport de la DRIRE du 14 avril 2008 : 4 pages accablantes pour l’entreprise mise en cause et où l’on retrouve les faits reprochés plus haut au regard de l’arrêté d’autorisation d’exploitation, non respecté. Consultable sur le site de la DRIRE Poitou-Charentes, ce rapport de l’Inspection des Installations classées, propose une mise en demeure.
Arrêté prefectoral du 24 avril 2008 : Il s’agit d’un arrêté de mise en demeure, lui aussi consultable sur le site de la DRIRE.
A suivre...